Les fantaisies de la Sirène

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lundi 10 septembre 2018

Souvenir d’une journée, ouverture sur un monde

Plusieurs mois que je surfais sur internet n’ayant pas la possibilité d’autres activités que celles que me proposait mon canapé et que me permettait ce crabe insidieux.

J’allais de blog en blog, de forum en forum. Reprendre mes aiguilles abandonnées depuis trop longtemps au fond d’un sac, retrouver leur cliquetis, le plaisir de voir se dérouler le fil de la pelote et se transformer en un ouvrage fait de mes mains, me manquait de plus en plus.

J’allais donc fouiller dans le placard et ressortis un pull en court de tricotage. Pas évident de m’y retrouver dans les explications. Je n’avais point noté où je m’étais arrêtée. Vaille que vaille, je m’y remis. Malheureusement après quelques rangs, l’aiguille que je coinçais sous mon bras me causa une douleur et je dû arrêter. Mais j’étais heureuse de ces quelques mètres de laine tricotés.

Je repris mes pérégrinations sur la toile. Je restais ébahie de la transformation de cet art créatif depuis que les pays anglo-saxons et outre Atlantique s’en étaient entichés. Des aiguilles tellement différentes, des accessoires bien pratiques et des laines si belles, non plus en pelotes mais en écheveaux.

Les tricoteuses se réunissaient en après-midi dédiées à cet art et s’échangeaient apparemment conseils et techniques.

Cela m’attirait et en même temps m’effrayait un peu. Serais-je à la hauteur ? Je commençais à discuter sur un forum et je répondis, finalement présente, à l’une de leur rencontre.

C’était le 15 août 2009.

Et cela a changé complètement ma relation avec le tricot. De hobby, il est devenu une passion.

Une porte s’est ouverte sur une corne d’abondance qui n’en finit plus de m’apporter du plaisir.

Il faisait très beau ce jour-là. Un ciel bleu sans nuage, un soleil chaud sans être brulant et une douce brise marine.

Je suivais les indications précises pour réussir à trouver le lieu, perdu dans la campagne du Guilvinec. Enfin, je m’y garais. Je fus chaleureusement accueillie.

Une table était dressée dans le jardin, entourée de chaises dont quelques-unes étaient déjà remplies. Des sourires et des mots de bienvenues firent envoler mon appréhension.

Nous commençâmes par un repas avec quelques langoustines en entrée, fraîchement pêchées et ensuite un rougaille saucisse, plat que je découvrais. En dessert, les gâteaux que nous avions amenés pour participer au repas et remercier notre hôtesse.

Après avoir débarrassé la vaisselle, nous positionnâmes la table différemment et dans un coin un peu plus à l’ombre, le soleil ayant poursuivi sa route. Nous nous sortîmes nos ouvrages, ou nos encours, comme on dit maintenant.

Je regardais ceux des autres. Une jeune femme brune, très dynamique, tricotait une écharpe noire avec des torsades. Ses mailles glissaient vite et elle n’utilisait pas d’aiguille à torsades pour le motif. J’en restais ébahie ! Pour moi cela tenait de la 5ème dimension. Elle a ri quand je lui ai dit que je trouvais cela extraordinaire, m’assurant que c’était juste une habitude. Aujourd’hui, je souris quand, moi aussi, je laisse mon aiguille à torsades dans la pochette et je repense à cette jeune femme qui a depuis déménagé dans le Lot.

Une autre tricoteuse utilisait des aiguilles circulaires avec agilité. Déjà cela me semblait impossible de ne pas caler une des aiguilles sous mon bras, mais en plus, elle ne tricotait pas en rond, mais en aller-retour. Elle m’indiqua le site sur internet qui les vendait et me tendit son tricot pour que j’essaie.

Ce fut un déclic.

Depuis ce jour, mes aiguilles n’ont plus le temps de refroidir. Que dis-je mes aiguilles, mes neurones également. Grâce au tricot, je me suis remise à l’anglais car les créatrices du monde entier utilisent cette langue sur le forum qui compte plus de 8 millions de personnes dont plus de 15 % sont activent quotidiennement.

Je découvre de nouvelles techniques et je me lance dans des « Everest » que j’admirais sans croire qu’un jour, ils seraient créés par mes mains.