Les fantaisies de la Sirène

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lundi 13 août 2018

Voyage sensuel

''Quelques mots dans un commentaire peuvent nous emmener au pays de l’imaginaire…''

De l’antiquité à nos jours, de l’Orient à l’Occident, du blanc le plus pur, au noir le plus sombre, les poudres et les épices, leurs couleurs, leurs saveurs, leurs senteurs, leurs propres et leurs figurés nous emmènent au quotidien dans un voyage de toutes les sensations.

Produit minéral, de terre ou de mer. Il est de tous les continents, de toutes les époques. Ses cristaux brillent d’une blancheur immaculée après son raffinement. Ses propriétés en ont fait une monnaie d’échange fort appréciée. Sans odeur, il donne du goût, relève les saveurs d’un plat. N’est-il pas aussi le sel de la vie ?

Des maisons de briques de terre, cuites par le soleil. Des femmes en robes rouges, des danses chaudes, des maracas agitées sous les sombreros. Rajoutez-le au cacao pour vous donner du courage comme les aztèques ou bien pimentez votre quotidien avec sa force qui vous brûle les papilles.

Les rives de la Méditerranée, les mas provençaux aux murs ocre. Une feuille de laurier, un brin de romarin, un peu de basilic, un bouquet de persil, sans oublier d’émietter une branche de thym et c’est toute la garrigue qui chante dans votre assiette, une fois le soleil couché et les cigales au repos.

Teinture foncée de marron pourpre, fleur rare dont on cueille les stigmates dès l’aube, ton goût amer, ton parfum de foin et tes notes légèrement métalliques font de toi une épice à l’arôme puissant recherchée par les gourmets du monde entier. Safran, emporte-moi de l’Eurasie au Cachemire, des déserts aux neiges éternelles.

Une souris sourit pressée par la poudre de riz sur le bout de son nez. Combien de femmes se cachent derrière cet artifice, comme les accrocs fuient la réalité avec des poudres de chimère ?

Gingembre et cardamome dansent ballades et madrigaux. L’hypocras emplit nos coupes, point de cordite dans la cheminée.

Noire, la poudre du comptoir réveille vos neurones avant de couler dans votre gorge un breuvage brûlant sur un air de samba.

Ainsi jaillissent des merveilles qui colorent et embaument nos rêves et nos pensées.

mardi 18 juillet 2017

Evasion

Je suis ici, mais je suis ailleurs

Dans mon âme et dans mon coeur.

Malgré mon ange gardien

Je n'ai envie de rien

Sinon d'autre chose

Que cet univers morose.

Le quotidien m’ennuie

Dans les mots, je le fuis.

Retenez-moi sans délai

Du moins essayez !

Avant que je ne parte trop loin

Dans quelque obscur recoin.

Comment garder les pieds sur terre

Lorsque la réalité vous enterre ?

mercredi 17 mai 2017

Observations de la terre par Extra et Terrestr – Chapitre 3

- Bonjour Extra, comment vas-tu ? Tu m’as l’air éreinté …

- Salut Terrestr. Ah la la tu as raison, mes jambes n’en peuvent plus.

- Ben que t’es-t-il donc arrivé ? Ta sortie sur Terre ne s’est pas bien passée ? Tu l’attendais depuis si longtemps.

- Oh, si si. Il faisait beau et même parfois trop chaud dans certains pays. Dans d’autres, il pleuvait encore et encore. C’est bizarre cette planète, les disparités quand on passe d’un pays à l’autre.

- Les disparités sont une richesse pas une pauvreté. Au moins, tu ne t’ennuies pas et tu élargis ton esprit. Enfin c’est ce qu’il devrait être mais apparemment il y en a qui sont réfractaires. Mais bon tout cela ne me dit pas pourquoi tu sembles si fatigué ?

- C’est justement à cause d’un jeu que tu retrouves partout sur la planète et il y en a même qui l’on décliné au niveau de leur gouvernement.

- Mais que me dis-tu là Extra ? Un jeu qui marche ?

- Oh la oui et depuis maintenant bientôt un an. Il s’agit de ces bestioles que tu ne vois qu’en réalité virtuelle et qui font marcher des millions de gens. Imagines toi qu’ils ont déjà parcourus 200 000 fois le tour de la Terre en un an !

- Mais quel rapport avec gouverner un pays ?

- Eh bien, les joueurs vont de pokestop en pokestop. Ce sont des sortes de boutiques virtuelles et ils ramassent des objets aléatoirement dispatchés par les créateurs du jeu et ces objets leur permettent de monter de niveau. Eh bien, quand j’y étais, deux dimanches, la population d’un pays hexagonal a fait la même chose. Ils sont allés dans des bureaux et ils ont déposé des bulletins et ensuite, des candidats ont ramassé ces bulletins et leur niveau est monté en fonction de ce qu’ils avaient ramassé.

- Ah ben ça alors c’est bizarre comme coïncidence…

- Ensuite quand ils ont un bon niveau les joueurs font se battre des bestioles dans des arènes et c’est celui qui sait placer son attaque spéciale au bon moment qui l’emporte. Encore faut-il garder son calme et faire preuve de stratégie. C’est le même genre de combat auquel j’ai assisté le mercredi soir.

- De plus en plus bizarre. Mais quel rapport avec la marche ?

- J’y viens Terrestr : Figure-toi que dans les boutiques virtuelles, les marcheurs ramassent des œufs et pour savoir ce qu’il y a dedans ils doivent les mettre à incuber et marcher. Parfois ils ont des bestioles qu’ils ont déjà et parfois de nouvelles qui leur permettent d’évoluer. Eh bien la population de ce pays a voté pour un chef qui marche avec des anciens et des nouveaux.

- Si je comprends bien tu as décidé de les suivre et donc te voilà fatigué, mais la marche c’est bon pour la santé, alors allons faire éclore des œufs et évoluer nous aussi.

- Tu as raison, Terrestr, rien de tel qu’un bon bol d’air nouveau pour se requinquer. Espérons que tout le monde en profitera.

dimanche 9 avril 2017

Le phare de la Ballade des Mots

Début du printemps. Une douce brise vient atténuer la chaleur des premiers rayons de soleil. Sur la place devant le phare d’Eckmühl se promènent les premiers touristes de la saison. L’un des plus hauts d’Europe et le plus visité de cette pointe bretonne, c’est à son pied que nous avons décidé de nous retrouver.

Comme à mon habitude, j’ai enfilé un jean moulant, un haut assorti et un blouson en cuir pour couper le vent. Les talons de mes chaussures sont exceptionnellement plats, mais, l’aspect pratique a primé sur ma préférence. Je passe les doigts dans mes cheveux, tentant de remettre un peu d’ordre dans cette anarchie provoquée par Eole. Je souris, car cela n’a guère d’importance pour la suite…

Un dernier coup d’œil à ma montre, je me lève de la terrasse du café où je m’étais installée, visage offert à la chaude caresse de Râ, narines enchantées par l’arôme de cette tasse d’un breuvage noir et brûlant. Ce matin, j’ai attendu ton texto, puis j’ai calculé ton temps de route et je suis partie. La météo est clémente et ton voyage aura été plus agréable.

Un bruit de moteur, je me retourne et une belle moto carrossée de bleu, comme celui de tes yeux, vient s’arrêter le long du trottoir près de moi. Tu enlèves tes gants, puis déboucle la lanière de ton casque avant de l’ôter et de le poser devant toi. Tu plantes ton regard dans le mien, comme à ton habitude, tes lèvres plissées en un sourire enjôleur et légèrement mais tendrement moqueur.

Instant suspendu dans la course du temps. Les mots sont superflus. Ton bras gauche attrape un autre casque derrière toi, ta main me le tend, je l’enfile et m’installe derrière toi. Tu remets le tien, caresses légèrement mes doigts qui sont venus s’accrocher à tes hanches et lentement tu démarres.

Dans un ballet de mots nous nous sommes connus, après un échange de photos fades comparées à la réalité, tu t’es obstiné. Alors, j’ai souri, répliqué, taquiné. Les distances ont été effacées pour vivre ces quelques moments d’amitié.

Les maisons défilent, s’espacent, disparaissent. Seule reste cette nature sauvage le long d’une côte déchiquetée, si belle et si désirable. Nos corps se penchent dans les courbes et se redressent dans les lignes droites. Tu ralentis, t’arrêtes sur le bas-côté, ton bras se tend pour me désigner un petit sentier sur la gauche. J’acquiesce en hochant la tête. Tu remets les gaz juste ce qu’il faut pour rejoindre l’endroit stabilisé qui sert de parking à cet endroit et te garer.

Nous descendons l’un après l’autre, enlevons nos casques. Nous nous moquons de nos coiffures respectives et tu passes tes doigts dans mes cheveux pour tenter de les réordonner. Mais, tu me taquines en disant qu’ils sont aussi indisciplinés que moi !

Dans un grand éclat de rire, j’emprunte à pas rapides le chemin qui descend jusqu’à une longue crique de galets, alternance de gris tout en rondeurs. Tu me rejoins.

Debout, nous regardons vers le large. L’océan est aussi vaste que sont nombreuses les routes de l’avenir …

Mais ceci, n’est qu’un rêve dicté par ma muse … Evasion du quotidien …

Et si vous lisiez en écoutant cette jolie reprise de Katie Melua : Wonferful life pour les puristes, l'original de Black : Wonderful life

mercredi 22 mars 2017

La goélette voyage

Souvenirs .... souvenirs ....

La goélette de l’amuseur de mots vogue sur une mer calme par un beau temps ensoleillé. C’est la fin de l’été, le début de l’automne, les derniers jours de ciel bleu azur où les rayons de l’astre nous réchauffent derrière la baie vitrée.

Elle s’est immobilisée le long des côtes du continent africain, le temps pour un poète aux noms incitant aux rêves de lui offrir des mots de l’Amour unique, celui que l'on ressent, que l'on vit intensément qui est comme l'eau que l'on boit, l'air que l'on respire, si simple mais si indispensable car sans l'autre on est plus rien. Avec respect et gentillesse, ce présent lui fut fait.

Elle a repris sa route, passant le détroit de Gibraltar en milieu de matinée pour remonter le long des côtes d’Argent et de Beauté, plus haut encore les côtes de Lumière. Les jours passent, elle arrive en vue des côtes de Jade de la Baie d’Audierne. Une halte est la bienvenue.

Dans une crique, elle jette l’ancre qui s’accroche à un solide rocher. Elle peut ainsi laisser ses mots s’amuser à relever le défi d’un sinistre korrigan accompagné par ses lièvres sauvages, en quête de quelques mauvais coups à la nuit tombée. Un merveilleux coucher de soleil bleu nuit veiné de rose dont les ors comme des flèches viennent éclairer la lande bretonne est le témoin d’une poursuite à perdre haleine. Une sauvageonne en péril acculée par la meute, rattrapée par son chasseur offre à la terre une fleur étrange née d’un acte magique entre deux créatures du monde des légendes celtes.

Épuisée, mais heureuse de ce partage de plume, fugace instant parmi les trajectoires du possible, pause dans la banalité du quotidien qui revient au galop dès la ponctuation finale, elle se repose dans la sérénité bleue d’un joli texte. Mais l’amarre est tendue, tiraillée entre Cornouailles et Seine. Les aléas, la méconnaissance de l’autre par manque de lecture avaient distendu ce filin. Pourtant, la persévérance et la ténacité, après avoir entrevu quelques facettes d’une âme complexe, ont décidé de s’engager dans une partie d’échecs. Ni gagnant, ni perdant dans ce croisement de phrases, seul le plaisir d’une aventure différente. Nouveauté qui met à jour une inspiration inconnue, cachée, bercée par le chant d’une mystérieuse sirène dont la sonorité de la voix ne pourrait qu’accentuer les effets.

Viens maintenant, le calme après un galop effréné pour suivre la course du temps.

Elle se repose, laisse sa muse musarder dans l’univers parallèle de la fantasy où chaque mot en appelle un autre, chaque phrase un nouveau paragraphe, chaque chapitre une aventure plus étoffée.

mardi 4 octobre 2016

Les belles

Une femme, une légende…

Une route de montagne par une belle après-midi de début d’été. Les lacets s’enlacent et s’entrelacent pour nous mener vers le sommet.

Un virage sur la droite, une jolie clairière offre son doux tapis vert pour accueillir notre pique-nique.

Adroitement, doucement, tu pointes le fer à cheval de notre radiateur vers une zone d’ombre offerte par des pins sylvestres remarquables.

Tu descends et viens galamment ouvrir ma portière. Ma bottine se dépose sur l’herbe, ma main se pose dans la tienne et d’un mouvement souple, faisant bruisser la soie beige de ma robe de mousseline, je descends de « la Royale ».

Quelques pas.

Tu sors une valise en osier, une couverture que tu étales à quelques mètres, lissant la laine afin qu’aucun pli ne vienne troubler la quiétude des lieux.

Tu disposes les pièces de vaisselle en porcelaine blanche bordée d’un filet doré, les verres en cristal de Venise, une bouteille de Pétrus 1961. Quelques victuailles délicatement préparés par tes soins pour cette ballade d’un autre temps.

Tu te tournes vers moi, me souris tendrement, me tends la main, m’invitant à m’allonger pour partager ce repas de gourmets.

Un concert de chants d’oiseaux charment nos oreilles, point n’est besoin de mots entre nous, nous nous laissons aller au simple bonheur d’être deux.

Au dessert, tu te lèves, sors ton appareil photo. Je prends une pose alanguie.

Tu te places devant nous : « tes belles », comme tu nous as surnommées.

L’une et l’autre nous te séduisons par nos courbes, nos pleins et nos déliés. Nous ronronnons sous tes mains. Tes yeux caressent l’aluminium habilement travaillé par les fondeurs, comme ils caressent ma peau satinée.

Aucune jalousie dans mon cœur. Ta maîtresse ne me porte pas ombrage. Le temps que tu lui accordes, te garde près de moi. Sa carrosserie brille de mille feux sous les rayons du soleil. Je te sais heureux et cela n’a pas de prix pour moi.

« Rien n’est trop beau, rien n’est trop cher ", adage d’Ettore Bugatti

mercredi 14 octobre 2015

Et s'ils parlaient ... suite 1

Pendant que je nettoie en me léchant avec ardeur mes pattes et mon ventre mouillés par la pluie et sur lesquels il me reste un peu de boue et une odeur peu agréable, il me vient à l’idée (si si les chiens pensent) une autre bizarrerie : il faut qu’ils changent sans cesse de fourrure. Ils ne savent même pas se la laver et pourtant ils ont une langue, non ?

Ma maîtresse rentre du travail (tiens il faudra que je vous parle aussi de ce truc : « le travail ») et elle enlève une partie de ces différentes épaisseurs. Elle les installe sur des cintres et les range dans son placard. Pourquoi ne les garde-t-elle pas ? Peut-être les enfile-t-elle pour se déguiser ? Oui !!! Ce doit être cela.

Nous les animaux quand on ne veut pas être repérés par un prédateur, l’une de nos techniques est de nous rouler dans quelque chose de bien odorant pour que notre odeur disparaisse. Le plus efficace est quand même la bouse de vache bien fraîche.

Et là, je dois reconnaitre qu’en ville ce n’est pas facile à trouver, même que je n’en ai jamais reniflé.

Donc elle s’habille, vaporise ses vêtements avec un flacon différent en fonction, sans doute, de sa destination. Oui là tout est clair et c’est pour cela qu’elle les passe ensuite dans cette machine dite « à laver ».

Bon finalement, c’est juste une question de technique. Comme les humains ne marchent que sur deux pattes, c’est plus simple pour eux que de se rouler par terre.

Voilà ma toilette est faite. Je me relève et la rejoins dans la cuisine.

A suivre

lundi 5 octobre 2015

Et s’ils parlaient

Je suis en plein rêve, mais là, au bord de ma conscience, mon oreille a capté le bruit caractéristique de la clef qui s’enfonce dans la serrure.

Mon cœur bondit de joie, mon corps a un peu de mal à suivre, alors je l’étire. D’abord mon dos puis mes pattes, enfin je secoue la tête et cours dans le couloir.

Je saute comme un cabri, elle me traite de fripouille et me dit de filer dehors soulager ma vessie.

Il pleut à verse, je file droit sous le bosquet pour ne pas être trop arrosé pendant que je lève la patte. C’est que j’ai mes petites habitudes.

Aussi vite que mes quatre pattes me le permettent, je reviens sous le porche. Elle m’attend avec la serviette de bain, un peu trouée et élimée, mais j’adore quand elle me frotte la fourrure. Je me trémousse et je lève la tête essayant de lui lécher son visage penché sur moi. Elle m’esquive en riant. Toujours le même jeu, la même joie.

Je la suis, puis la précède pour entrer dans la cuisine. Assis juste devant le frigo, je frétille d’impatience dans l’attente de mon « croc-pain ». Je l’attrape presque à la volée et à son « va à ton tapis », je vais m’allonger sur le carré de moquette devant mon panier. Je croque, déguste (euh rapide, vraiment rapidement) et finis par lécher les miettes autant par gourmandise que pour la propreté de mon petit territoire.

Pendant ce temps, elle a mis une tasse dans la boite qui fait ronron, puis bip bip bip. Elle ouvre la porte avec la main gauche, prend sa tasse avec la main droite et ferme les yeux quand la première gorgée coule dans sa gorge.

C’est marrant, parce qu’après elle dit toujours « ah, ça fait du bien ». Donc, j’en ai déduit que c’est le nom de la boisson. Pourtant, ça a la même odeur que le liquide qui sort de l’autre machine qui crachouille et ne bip pas, celle-là, et qu’elle appelle café quand elle en sert à ses amis. Bizarre ces humains.

A suivre ...

mardi 28 octobre 2014

Jeu de titres

Il était une fois une sirène ayant hérité des pouvoirs magiques de sa grand-mère. Elle pouvait les soirs de pleine lune changer sa queue d'écailles bleutées en une magnifique paires de jambes galbées.

Elle en profitait pour se balader le long de la plage de sable fin.

Elle parcourait dunes et collines, se baignait dans un lac d’eau douce dont elle ressortait telle une ondine, admirait le paysage.

Des humains, elle ne connaissait que leurs fantasmes qu’ils confondaient bien souvent avec la réalité.

Or, voici, qu’une nuit, au sortir de la lagune, elle croisa un rimailleur accompagné d’un chien qu’elle connaissait bien.

Elle l’avait rencontré à plusieurs reprises au cours de ses voyages, il s’appelait Ulysse et regrettait qu’il n’existe pas de sirène pour la race canine.

A défaut de pouvoir s’inviter pour le déjeuner, ils convinrent d’un dîner devant un feu de cheminée, aussi gourmets que gourmands, l’un apporterait une pièce montée, l’autre le café.

Dans les airs, juste au-dessus d’eux, un aigle et un étourneau se poursuivaient dans le ciel étoilé.

L’un après l’autre ils plongeaient, se rejoignaient et repartaient ensemble vers les cieux dans un parfait quadrille du zodiaque.

Le rendez-vous arriva, la soirée passa en papotages de salon. Chacun évoquant une tranche de sa vie pour mieux faire connaissance.

Puis, ils discutèrent œnologie, évoquèrent les vendanges auxquelles il participait chaque année.

Il lui parla de son métier de jardinier, des belles roses qu’il aimait cultiver. Il lui raconta une anecdote forte amusante à ce propos.

Pas plus tard que la veille, il avait surpris une souris jouant avec un chat. Ces deux animaux, pourtant ennemis d’habitude, semblaient fort bien s’entendre et utilisaient la cabane à outils comme terrain de jeux.

Une belle amitié venait de naître, une symphonie des sens chaste et pure.

Les mots, encore les mots, toujours les mots….

A toi je dédie ces lignes…

dimanche 18 décembre 2011

Trois mousquetaires

Trois hommes très différents

Par la plume se sont trouvés

Des proses se sont échangées

Pendants semaines et ans.

 

Une princesse est apparue

Avec ses mots pour parure

Son cœur sans armure

Son âme totalement nue.

 

Porthos, compagnon fidèle

A ses côtés, jours et nuits

Pour lui éviter les ennuis

Veille sans relâche sur elle.

 

Aramis écrit des poèmes

A l’automne de sa vie

Et mène par envie

Une retraite de bohème.

 

Athos joue les séducteurs

Pour meubler son ennui

Pour réchauffer ses nuits

N’est qu’un collectionneur.

 

A  ses trois compagnons

La belle s’est dévoilée

S’en est allé le félon

Porthos et Aramis sont restés.

dimanche 11 décembre 2011

Magie de la nuit

L’'astre lunaire s’éteint doucement. 
La nature belle et sauvage s’'éveille sous les premiers rayons de soleil. 
Râ, en ce jour de septembre, éclaire le monde des hommes.
    Au-delà du petit pont, une sirène s’'attarde. Elle vient souvent se balader dans ce petit domaine des iles de la Loire, admirer la faune et la flore dans cet espace encore préservé des ravages de la pollution.
Or, voici quelques jours, traversant une clairière de frênes, une pierre au milieu d’un parterre de fleur sauvage a attiré son regard. Elle l’'a touchée du bout des doigts. Sa tiédeur l’'a surprise. Dans sa main, elle est venue tout naturellement se lover. Quelques marbrures zébraient sa surface, des cicatrices anciennes, sans doute, certaines plus profondes que d’'autres. Elle la souleva et l’'exposa à la lumière du soir, des cristaux brillaient par endroit, comme si le bonheur irradiait de ce morceau de roche.
    De retour dans sa grotte au fond de l’'océan, elle posa son trésor à côté de ses autres trouvailles, puis elle entonna un chant à la fois sensuel et mélancolique. Alors, la pierre se mit à luire, à émettre des couleurs. Une image se matérialisa. Un chevalier des temps anciens la salua :
- Bonjour Gente Dame, je ne saurais jamais assez vous remercier d’'avoir bien voulu m’'accorder la grâce de me ramener en votre logis. La Sirène fascinée par ce prodige ne sût que répondre : 
- Bonjour Messire, honorée je suis de votre présence. Mais, par quel artifice, une simple pierre peut-elle cacher un homme ? 
- Je ne suis point un homme, mais un paladin. Votre chant, belle sirène, m’'a attiré vers vous. D’'un mot d’'un seul de votre part, je mettrais mon bras et mon épée à votre service en humble serviteur que je suis. 
- Je ne saurais jamais assez, Chevalier, vous remercier de tant de bonté. - Point n’'est besoin, ma mie, de m’'offrir ors et diamants, terres et titres, quelques mots de vous, quelques lettres échappées, suffiront amplement.

jeudi 29 septembre 2011

Murmures d'un coquillage

Coquillage par une mouette abandonné

Que de voyages pourrais-tu raconter ?

Des coques de bateaux devant toi passées

Aux doigts agiles et tendres qui t'’ont ramassé.

De tes impuretés, tu fus nettoyé

Pour maintenant aux regards être exposé

Sont-ce des secrets en toi recelés,

Ou des moments sous les cieux partagés ?

Laisse ma muse par ses mots murmurés

Une belle histoire vécue, par mon âme imaginée.

Il était une fois une princesse de Cornouaille

Qui musardait de-ci de-là dans les broussailles,

Quand au détour d'’un chemin, elle aperçut une plage

Et, mélancolique, laissa son regard s'’évader vers le large.

L'’ombre lointaine d'’un navire, toutes voiles carguées

Sur l’'horizon du soleil couchant du printemps se dessinait.

S'’avançant à petits pas sur le sable fin d'’une démarche de reine

Elle heurta du bout de son pied un objet qui affleurait à peine.

Se penchant pour découvrir ce qui l’'avait arrêtée

De ses doigts, elle dégagea une moule naufragée.

Lentement, dans sa paume elle l’a fit tourner

Afin de bien observer chacun des côtés.

De son pouce, elle ôta les indélicats qui s'’y étaient collés

Afin de faire resplendir cette merveille délaissée.

Un grand sourire sur son visage se dessina

Lorsqu’'elle reconnu la coquille de ce mollusque là.

Son regard ne l’avait-il pas déjà observé

Sur le bâbord d'’un voilier au port attaché ?

Lentement sa tête, elle releva, offrant son visage aux cieux

Ah, comme il était bon de se sentir deux !

jeudi 10 février 2011

Délire d'un jour de pluie

Aïe, ouille, mais où est-ce que je suis ?  Il fait tout noir, vraiment noir, un noir d’'encre.

C'’est étroit, même pas la place de me retourner, et puis, c’'est tout mouillé.

Ouh la la, il faut que je me sorte de là en vitesse. Moi et les liquides on n’'est pas copains du tout !

Bon, je ne peux qu’'avancer alors, essayons et voyons où cela va me mener.  A peine la place de passer la tête … heureusement que mon corps est assez souple et que je peux m’'étirer un peu. Allez, un petit coup de reins et hop, me voilà propulsé en dehors de ce piège comme un bouchon de champagne. Allez, je me secoue un peu histoire de retirer ce voile qui m’'empêche d’'ouvrir les yeux.  

J’'entrouvre une paupière, puis l'’autre. Je referme illico.  C’est tout blanc ! Quel contraste !

Je recommence, il faut bien que je sache où l’'imagination débordante de ma maîtresse m'’a envoyé ! Ben oui, figurez-vous que j'’étais tranquillement en train de faire ma petite sieste du matin dans mon  coin préféré, allongé de tout mon long sur mon petit matelas de foin, quand sa muse s’'est pointée à ma porte et d’'un coup de plume m’'a littéralement kidnappé sans rien me demander ! Même pas un petit mot gentil ! Un petit bonjour n’'aurai pas été superflu. Eh bien NON ! Rien ! Nada ! Ah la la, la politesse n’'est plus ce qu’'elle était! Enfin … trêve de bla bla … sinon vous allez dire : « Non, mais quel bavard celui-là ! Une vraie  pie ! » Alors là je vous arrête tout de suite. STTOOPPP ! JE NE SUIS PAS UNE PIE ! Non mais ! Je n’'ai pas de plume ! Mon pelage est très doux et l'’harmonie de ses couleurs me vaut des murmures admiratifs. Alors un peu de tenue s’'il vous plaît !  

Donc, je rouvre mes yeux et contemple cet univers tout blanc. Je tourne la tête. Tiens une plume ? Elle s'’envole, plonge la tête la première dans ce drôle de récipient d'’où je sors, puis, elle se pose délicatement sur cet espace d'’une blancheur immaculée. Je m’'approche pour mieux comprendre pourquoi elle le salit ainsi, avec élégance, je ne nie pas, mais bon, il doit bien y avoir une raison. Et hop ! Elle s’'envole à nouveau, refait le plein et poursuit son manège. Les traces forment des mots et les mots s’'alignent en phrase. Je me redresse sur mon derrière. NON ! Je vous interdis de rire. C'’est un exercice très difficile et très périlleux ! J’'ai des copains qui se sont fait un tour de rein et qui sont restés bloqués. Nous ne le pratiquons qu'’en privé pour notamment faire notre toilette, mais, cela reste un secret … chut… vous ne le direz pas. Je compte sur votre discrétion. Merci. Bon alors, qu'’écrit donc cette plume ?  

Eh, mais c’'est de moi qu’'elle parle ! Elle raconte toutes mes pensées ! Tout le monde va me connaître ! Bon d’'accord, un cochon d’inde qui porte un nom « capitale » à la sauce manga, ce n'’est pas courant, même si cela n'’a rien d’'extraordinaire quand on est baptisé par un ado, mais tout de même… elle aurait pu me demander mon avis avant de me glisser entre l'’encrier et la plume …  

mardi 13 juillet 2010

Rêveuse princesse

Les années passent et elle rêve toujours d’'une vie différente, d’'une vie de princesse et de contes de fées, de châteaux et de prince charmant.

Quand elle se lève le matin, le miroir de la salle de bain lui offre un visage qui a gardé sa fraîcheur au fil des jours malgré les rides, des yeux toujours avides de découvertes malgré les vicissitudes de la vie, un corps qu'’elle ne cesse de vouloir garder aussi agréable à vivre que possible.

Sous la douche, elle imagine …

Une magnifique allée de graviers, bordée de platanes. Elle est assise à côté de son aimé. Sa main gauche est posée sur sa cuisse droite comme toujours. Il  a tourné la tête pour capter son regard quand la voiture a franchi la grille d'’entrée, voire cette étincelle de bonheur surpris de vivre un rêve tout éveillée.

Une immense bâtisse dont l’'architecture peut lui donner le nom de château est posée devant une cour circulaire dont la fontaine centrale guide les véhicules vers un parking un peu à l'’écart afin que les lieux restent calmes et sereins.

Des marches de pierre reçoivent ses hauts talons qui claquent légèrement à chaque mouvement de hanche. Il la suit, juste un peu en retrait, pour admirer le galbe de sa jambe dévoilé par une jupe en cuir à la longueur habilement choisie. Cette féminité omniprésente chez elle, le fait frémir.

Un hall aux dimensions impressionnantes les accueille. Il s’'avance et s’'occupe des différentes formalités, pendant ce temps, elle se laisse imprégner par les lieux, admire les fauteuils de différents styles, disséminés ça et là, pour permettre de se reposer, de lire, d’'attendre, de discuter sans être gêner par les autres. De très beaux bouquets de fleurs, artistiquement disposés dans des vases d'’un autre siècle, d’'un autre continent, servent de séparation et apportent un doux mélange de senteurs. Un décor de cinéma, un décor de rêve ….

Les tapis aux motifs géométriques étouffent leur pas tandis qu'’ils gagnent leur chambre par un bel escalier de marbre de Carrare et quand la porte s'’ouvre sur une symphonie de bleus mettant en valeur un immense lit à baldaquin, une porte-fenêtre donnant sur une terrasse et des jardins fleuris, son coeœur se met à battre de plus en plus vite.

Elle attend statufiée qu'’il ait refermé la porte. Elle le devine plus qu'’elle ne l’'entend. Il s’'approche d'’elle et elle se laisse aller dans ses bras, son dos contre son buste. Elle frissonne sous les baisers qu'’il dépose doucement dans son cou.

-Alors, ma chérie, ma surprise te convient-elle ?

mardi 2 mars 2010

Rêve printanier

Belle journée de printemps qui s'’éveille doucement. Dans mon lit, je m'’étire. D'’abord les bras, en tournant les poignets, puis mes jambes l’'une après l’autre que je finis par écarter légèrement. Je suis en travers du matelas, mon pied gauche se retrouve dans le vide, je le rentre prestement sous les draps. Enfin mes mains passent dans mes cheveux et les ébouriffent plus qu’'elles ne les mettent en ordre. Ils sont aussi sauvages et indisciplinés que la personne à qui ils appartiennent. Je souris, toute seule, dans mon grand lit. Je me sens bien.

Je n’'ai pas encore ouvert les yeux. Je suis encore dans mon dernier rêve. Aucune envie de le quitter. Je m'’y baigne encore et encore.

Une prairie au milieu de partout (pourquoi dit-on toujours de nulle part ?), l'’herbe est d’'un vert tendre reposant, quelques coquelicots çà et là parsèment mon champ de vision de quelques touches de rouge orangé.

Nous sommes assis au pied de cet arbre qui est devenu le nôtre au fil des jours, des mois, des années. Ta tête repose sur mes genoux, mes doigts dans ta chevelure châtain, coupée court, ne se lassent pas de sa douceur. Tes yeux mi-clos laissent voir un éclat de bonheur qui réchauffe mon cœoeur.

Tes mains croisées sur ta poitrine tiennent la mienne avant qu'’elle ne s’aventure entre les boutons de ta chemise. J’'aime tant toucher ta peau, simplement la frôler puis me poser pour une caresse du plaisir du moment. Tu le sais et tu ne m'’en empêches que pour mieux apprécier cet instant où tu t’'offriras.

Tes jambes musclées sont habillées d’'un jean légèrement délavé dont la longueur cache tes chaussettes. Je sais lesquelles tu as mises, car je t’'ai observé t'’habiller comme tous les jours. Je sais que cela te gêne toujours un peu, mais je ne peux m’'en empêcher. Je me demande à chaque fois comment je peux avoir cette chance que tu partages ma vie. Tes pieds chaussés sportivement sont croisés. Je remarque la boucle de ton lacet droit qui est un peu plus tirée que l’'autre, le laçage, un peu sali par nos promenades quotidiennes dans cette campagne où nous avons décidé de nous exiler quelques temps pour nous ressourcer après toutes ces années de labeur pendant lesquelles nous n'’avons jamais pris le temps de vivre notre couple.

Je laisse ma tête aller en arrière et s'’appuyer sur le tronc. Je respire à plein poumon l’'air tiède de cette belle après-midi. Je ferme les yeux. Je savoure chaque seconde qui nous uni comme un cadeau que je n’'aurais jamais cru vivre un jour. Que serait l'’amour sans la passion ? Sans cette folie qui nous enflamme, nous enfièvre, nous emmène dans un monde que nous seuls partageons.

Une musique vient charmer mes oreilles et me ramène lentement à la réalité. Il est temps de se lever, une nouvelle journée commence.

Ce rêve, un jour, je le vivrais avec toi !

lundi 18 janvier 2010

L'échiquier de la justice


Des blancs et des noirs. Des pions, des fous, des cavaliers, des tours et puis surtout un roi et une reine, disposés sur soixante quatre cases, pour se déplacer, avancer, reculer, jouer, gagner ou perdre.

Le tout selon des règles immuables qui, pourtant, évoluent au fil des heures, des jours, des années, car elles ont été écrites pour l'’Homme, suivies par les hommes et affectent la vie quotidienne de tout un chacun, dès lors que sur cet échiquier, il pose le pied.

Regardez les pions tout de noir vêtus, avec leur petit col blanc. Ils sont alignés face à elle, la Reine Blanche, la Justice, secondée par le Roi Blanc, la loi écrite, par les tours blanches, la jurisprudence, et par ses fous qui officient en cassation.

Ils avancent chacun leur tour en ligne droite, espérant réussir un jour à l'’égaler, mais sur leur route nombres d'’obstacles les feront chuter avant la ligne d’'arrivée. Néanmoins rien ne saurait les arrêter dès que la partie est commencée car ils sont en première ligne ! Juste derrière eux, deux cavaliers de la maréchaussée traquent, sans relâche, les hors la loi et apportent dans l’'arène les justiciables.

Contournant, par une démarche de tango, les difficultés pour atteindre leur but. Ils les remettent à leurs homonymes en blanc pour qu'’ils purgent la peine infligée après que la balance ait trouvé son équilibre.

La reine noire sous la tutelle du roi veille pour que la loi du talion ne soit pas appliquée et que les libertés individuelles ne soient pas bafouées.

Ses certitudes peuvent être remises en cause par les preuves apportées au cours des débats et innocenter un prévenu. Elle se déplace alors de case en case car « la plume est serve mais la parole est libre » afin de n’'être que mise en échec mais pas mat.

Aux coins, les tours diligentées instruisent, écoutent les protagonistes, signent des commissions rogatoires pour que toutes les pièces soient réunies.

Elles chargent ou déchargent, toujours en ligne droite pour que la vérité se manifeste, avant de s'’avancer vers la Reine Blanche pour lui demander d’'apporter son jugement.

Au milieu de tous, deux fous noirs, pleins de fougue, sont attirés par la Reine Blanche. Elle exerce sur eux un attrait auquel ils ne savent résister. Ils esquivent en diagonale, avancent d’'une case, s'’enhardissent, puis finissent par foncer dès qu’'une brèche se profile dans les lignes blanches.

Ils se distinguent de leurs confrères, pions noirs plaidant sans âme, pion blanc commis d'’office, par leur capacité à prendre à cœoeur chaque affaire, à la vivre intensément. La Reine Blanche est leur maîtresse.

Elle est un défi, qu'’ils ne cessent de relever, car, dans les plis de sa longue robe se cachent bien des mystères dont ils sont affamés, poussés par leur tempérament à toujours et encore s’'améliorer.

Toutes les pièces sont en place, un nouveau fait divers vient de surgir, chacun à son tour va jouer son rôle et que la Justice triomphe !

mercredi 9 septembre 2009

Fleur caressée

Allée sinueuse entre les brins d'’herbe tondue

Pierres arrondies déposées comme des larmes

Au milieu coule la rivière des désirs défendus

Ondule tes pas, laisse éclater ton charme.


Rebord accueillant d’'une fontaine de marbre blanc

Tes hanches doucement se glissent sur la pierre

Fraîcheur d'’un crépuscule hors du temps

Ondule tes doigts, laisse éclater ta prière.


Liane de lierre entrelaçant les tiges du bouquet

Jupe évasée dénudant le galbe d’'un mollet

Chaleur de la vie émanant de cette fleur déposée

Ondule ton poignet, laisse éclater ton intensité.


Soleil des hommes et des divinités anciennes

Rayon de ta couronne de lumière s’'échappant

Eclairant de douceur cette femme qui est tienne

Ondule ton cœoeur, laisse éclater tes sentiments.

lundi 17 août 2009

Rempart aux mouettes


Mouettes, descendantes de lointaines lignées qui avaient vues revenir les voiles carguées des navires corsaires annonçant moult réjouissances et festins, vous rasez aujourd’hui’ les têtes des curieux qui allongent leur pas sur les remparts de granit.

De vos cris poussés hauts et forts, vous masquez les plaintes des demeures de ces coureurs des mers lointaines à la recherche de trésors inouïs, éblouissants d’'étrangetés.
A chaque miles parcouru, chaque pièce prenait une valeur bien supérieure à sa simple valeur marchande. S’'y ajoutaient la sueur des marins qui ruisselait sur leurs peaux tannées par le soleil, les rides de leurs visages burinés par les alizés, les muscles saillants sous l’'effort pour carguer les voiles ou les affaler sous les assauts de la tempête, le sang de leurs mains crevassées par les orins salés, les corps cousus dans les toiles et rendus à la mer après les affrontements pour ces richesses convoitées et conquises après maintes tractations.

Des petits carreaux de chaque fenêtre ornant ces façades lissées sans relâche par les embruns, des chiens assis découpant les toits d’'ardoises de multiples ouvertures, des lourdes portes de chênes frappées irrégulièrement par les marteaux en laitons décorés aux armoiries de leurs habitants, les boiseries murmurent de folles aventures cachées dans les fils des tapisseries recouvrant les murs intérieurs et mettant en valeur les mobiliers aux bois précieux de rivages sauvages.

Des gorges de ces volatiles au plumage blanc et pur s’'échappent les pleurs de ces épouses et mères attendant le retour de leur aimé, les menottes de leurs enfants blotties dans les leurs, progéniture masculine qui a son tour arpentera le pont d’'un navire et suivra les routes maritimes de leurs ancêtres.

Savent-ils ces élèves de l’'Ecole de la Marine marchande, picorant leurs frites contenues dans une poche en aluminium, tirant sur leur cigarette, affalés insouciants sur les marches de pierre sous le chaud soleil de cette fin de printemps qu’'ils sont les descendants de preux et valeureux hommes qui parlaient à la mer de leur mère et de celle de leurs enfants quand la lune haute parmi les étoiles éclairait la hune comme un phare au milieu de l’océan ?


jeudi 14 mai 2009

La Sirène

Ce texte retrace à sa manière un bout de ma vie et donc un bout de mon âme. En des temps anciens, une sirène aux yeux couleur de l'océan, à la chevelure épaisse, tombante sur les reins, ondulée comme l'onde, chantait avec le vent, assise sur son rocher. Nombre de pêcheurs auraient aimé se perdre dans son regard, mais ils ne le captaient jamais. Pourtant, il y en eut un plus malin que les autres. Il profita d'un instant d'inattention, un instant de faiblesse, un instant de solitude. La sirène devenue femme, naïve par manque d'expérience, bercée par les fables de sa mère sur le beau prince charmant qui l'emmènerait en son château et réaliserait le conte jusqu'à la fin, fut aveuglée. Ils se marièrent et eurent deux enfants. Mais le rêve pris brutalement fin. Elle coupa sa chevelure, de ses yeux jaillit l'océan, sa voix se brisa sur les récifs. Dans les profondeurs marines, elle se retira. Le monde des hommes, elle ne l'observait plus qu'au travers du filtre de sa douleur. Dans sa grotte sous-marine, elle vit bien à l'abri. Avec le temps, les blessures se sont cicatrisées, elle se sent prête à remonter. La voici qui s'élance lentement vers la surface. Elle prend son temps tranquillement car désormais elle veut goûter pleinement chaque seconde de cette nouvelle vie qui se dessine à l'horizon. La voici qui se hisse sur son rocher, elle ramasse une perle brillante, la place dans son coeur, tourne son visage vers le soleil, ses yeux captent les rayons et la petite boule bien au chaud au fond d'elle-même se réchauffe. Des marins de tous les horizons ont tenté de charmer la sirène, par leur voix, leurs mots, leurs regards. Mais, la sirène ne voulait plus être une chimère. Son instinct la poussait à descendre de son rocher, nager jusqu'au rivage et devenir enfin une femme pour toujours. Un homme solitaire dans sa vie et dans son coeur se promenait sur le rivage, attiré par l'éclat des rayons de tendresse qui émanaient de la boule de bonheur qu'elle portait en son coeur, arrêta son regard. Ebloui, il préféra se brûler les yeux plutôt que de perdre une seule seconde ce spectacle qui emplissait son coeur et son âme d'une joie profonde. Doucement, pour ne pas l'effrayer, de sa douce voix, il tente de la charmer. Mais elle se tient sur ses gardes, ne s'adresse à lui que par des messages. Il s'approcha au bord de l'eau et tendit vers elle son esprit. Le destin décidé à amener ses deux êtres sur le chemin du bonheur, dessina pour eux un scénario exceptionnel. Car comment deux coeurs meurtris par la cruauté des autres pouvaient-ils accepter cette symbiose au-delà de la compréhension humaine ? Seule la spécificité de leur rencontre pouvaient leur faire admettre qu'enfin ils avaient trouvé leur avenir, qu'enfin ils gommeraient ensemble le mot "seul" pour le remplacer par le pronom "nous". La sirène est désormais une femme accompagnée chaque jour et chaque nuit par l'homme de sa vie. C'est une femme amoureuse, heureuse et comblée au-delà de tout.

lundi 11 mai 2009

Glamourissime

Assis à la terrasse d'’un café devant mon habituel petit noir d'’après déjeuner, je laisse mes yeux errer au hasard sur les immeubles aux pieds desquels de petits commerces aux enseignes diverses et variées vivent tant bien que mal. Les voitures glissent d'’un platane à l'’autre emmenant d'’un point à un autre des inconnus pressés, stressés, sourcils froncés, visages inquiets, absents. Peu de sourires dans tout cela et rien pour égayer ma journée hormis ce rayon de soleil qui a enfin réussi à percer la couverture de nuages dont se paraît le ciel depuis l’'aube.

Sons multiples, mélange agressifs de sonorités, disharmonie des consonances, mes oreilles tentent de repérer au milieu de cette jungle un tempo reposant, enjoué qui glisserait comme une cascade fraîche le long de mon dos et me ferait sentir vivant malgré les soucis et problèmes qui ne cessent de s’'accumuler comme pour tout un chacun ces derniers temps.

Rien.

Vraiment rien.

Tout n’'est que grisaille, mélancolie, train train. Aucun relief. Aucun éclat.

Je commence à me refermer au monde extérieur quand un claquement vif et alerte me fait redresser la tête, tendre le cou, orienter mon regard vers ce son très particulier qui résonne en moi. Mes yeux s’'éclairent quand ils détaillent avec gourmandise une paire de talons vertigineux noirs vernis qui donnent un galbe félin à de jolies jambes gainées d’'un doré ensoleillé. Poursuivant leur découverte, rythmée par une allure allant crescendo au fur et à mesure que l’'écho se rapproche, ils s'’arrêtent sur un balancement de hanches si féminin que tout mon corps en frémit.

Une chaleur intense s'’empare de moi. Afin de réussir à garder un cap quelque peu raisonnable, je m'’oblige à détacher mon regard de cette danse sensuelle et croyant retrouver mon calme dans ses yeux que je ne peux qu'’imaginer aussi lointains que les autres qui m’'entourent, je plante les miens dans les siens et me perds dans leur vivacité et leur profondeur, comme un marin se noie dans les abysses marins à la poursuite d'’une chimère aquatique.

Un seul mot me vient à l'’esprit pour la décrire : glamourissime … et puis, je me souris à moi-même : allons, ce qualificatif n’'existe pas … les sirènes non plus … alors, est-ce un rêve ou la réalité ?

Escarpins